Curiosité fantasmée ?

La curiosité de l’après-midi ?

Est-ce qu’aujourd’hui est un mauvais jour ? Est-ce que ma parano a décidé de s’exprimer plus fort qu’à son habitude ? Suis-je plus réceptif qu’à la normale ? Les gens ont-ils simplement pris trop de confiance ?

Tant de questions qui bouleversent mon esprit… En effet, à l’occasion d’une petite sortie chez les commerçants, j’ai l’impression d’avoir suscité plus de curiosité que les autres jours ! mais aussi, hélas, qu’on se gaussait plus facilement de moi.

Tout avait pourtant si bien commencé ! Aucune remarque, aucun regard des rares passants croisés. Chose inattendue et inespérée, il restait même un bout de mon pain préféré et un morceau de baguette salée contenant des lardons à goûter (il va de soi que j’ai laissé les deux autres qui ne contenaient que du pain, nyark nyark nyark !). Bref tout se déroulait pour le mieux dans le meilleur du monde, quand soudain, l’impensable se produisit !

Alors que je venais de sortir de la boulangerie, j’ai entendu le piaillement caractéristique d’adolescentes dans mon dos. Par réflexe de survie, je jette immédiatement un coup d’œil furtif derrière moi : c’est un trio de collégiennes. Je ne comprends rien à leur baratin mais, bizarrement, j’en viens rapidement à penser qu’elles sont en émoi à cause de mon kilt. Et, allez savoir pourquoi, j’ai l’impression d’entendre plusieurs fois ce mot « kilt« , prononcé avec insistance dans ce qui n’est en réalité qu’un vague gloubi-boulga bruyant. C’est donc le seul mot intelligible de leur discours ! Mais stoïquement, sachant bien qu’il y a de fortes probabilités pour que je nage dans la pure interprétation paranoïaque, je poursuis mon chemin. Car j’ai un colis à aller chercher et une envie de pisser qui ne va pas tarder à se déclarer. D’ailleurs les cancaneries s’estompent bien vite sitôt la rue traversée.

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Je croise alors un second trio de collégiennesqui donc a décrété qu’elles ne devaient pas avoir cours le mercredi après-midi ? – alors qu’elles rentrent dans une boutique de prêt-à-porter – non, je n’invente rien, je n’ai pas l’habitude de verser dans le cliché, dans ces cas-là ! Celle qui était à la traîne, retenue (par forcément contre son gré) par le bad boy de service, se retourne vers moi et ouvre la bouche bien ronde de surprise, bloquant l’entrée à ses deux camarades. Mon regard périphérique a le temps de capter la scène : ses deux commères qui ne comprennent pas cet « arrêt sur image » et la pressenti de rentrer, elle qui essaie d’attirer leur attention sur moi. Mais j’ai une course à faire, alors je ne m’appesantis pas sur ce genre de détail.

Pause ! Les passants ont la bonté de ne plus réagir… ou de ne pas me le montrer. Il faut dire qu’il n’y a plus de trio de collégiennes sur mon chemin, non plus – auraient-elles le monopole des réactions bruyantes ?

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Je suis maintenant presque arrivé à destination. Passage sous une arche, façon porte médiévale, pour accéder à la place du marché et la méchanceté me remet la main au collet ! J’entends un homme remarquer de façon moqueuse que je porte une jupe.

Une jupe ?! Espèce de sacripan d’ignare de ******, je vais t’apprendre ce qu’est un kilt, moi ! Screugneugneu de nom di Diou !

Mais à quoi bon être agressif, puisque ces mots ne le sont pas vraiment ? Ça continue de marmonner dans mon dos, c’est vrai ! mais est-ce sur mon vêtement ? impossible de le savoir. Et comme je ne suis pas véritablement offensé, à quoi bon m’énerver ? Ce n’est pas parce qu’il a trouvé incongru mon kilt qu’il va en faire tout un plat ? Et quand bien même, des messes basses célébrées dans mon dos justifient-elles un emportement ? Nenni ! Alors je continue sur ma lancée, d’autant que là, il y a un plaisir à la clé.

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Voilà, j’ai récupéré mon colis : un livre qui va me replonger en enfance, à une époque où je n’étais même pas né – je me comprends, c’est l’essentiel. Les gens dans la rue sont revenus à plus de sagesse. Ou alors mes œillères font mieux leur boulot. Peu importe, la situation est revenue à la normale et c’est là l’essentiel. Mais alors que je fais quelques pas en arrière pour mieux observer quelques montres exposées dans une vitrine, je vois le reflet d’une voiture qui passe à ma hauteur. La passagère a le regard braqué sur moi avec une expression de curiosité bien déplacée (l’expression, pas la curiosité).

Mais cela va-t-il cesser ? D’habitude le tartan Menez Du fait moins d’effet ! Quelqu’un a jeté des paillettes sur mon kilt ? Qu’il(elle) se dénonce prestement !

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Tant d’émotions négatives en quelques dizaines de minutes ! Vais-je devoir me recroqueviller sous ma couette et pleurer que personne ne m’aime, qu’on m’en veut, que je suis victime d’un odieux complot ? Non ! Car voilà qu’une jeune femme – ou une lycéenne ? on ne sait parfois plus trop bien – accompagnée de celle qui semble être sa mère, se présente. Elle porte une jupe droite en toile bleue, qui s’arrête un peu plus haut que ses genoux. Donc, comme moi, elle est en jupe et en tenue plutôt décontractée (mais pas relâchée !). Alors que nous allons nous croiser, je surprends un petit sourire sur ses lèvres. Apprécie-t-elle ou se moque-t-elle doucement ?  là encore, on ne sait jamais trop bien.

Même s’il y a ambiguïté sur l’interprétation, l’effet est inverse de celui provoqué par les remarques dans le dos. Je n’ai pas envie d’interpréter, je m’en fiche complètement. D’abord parce que je risque le quiproquo, voire une altercation qui laissera un mauvais souvenir à chacun et que cette jeune femme m’est sympathique. Ensuite parce que, c’est une réaction tout de même plus franche, donc plus respectable à mes yeux, et qu’elle ne manifeste aucune méchanceté. Je préfère rester sur l’impression que j’ai fait une heureuse, c’est bien mieux ainsi.

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