Horreurs et discrédit

Des horreurs et leur discrédit : rétropédalage sur la condition de la femme

Il y a une semaine et demie, j’ai eu envie de lire le journal d’extrême droite Rivarol, pour voir un peu comment qu’c’était. Le lien avec le blog ? Une entrevue avec une jeune vlogeuse du nom de Virginie Vota. Dans le titre de l’article, tout est résumé :

Homme et Femme sont complémentaires, créés pour s’unir et se tirer mutuellement vers le haut.

On l’aura compris, la jeune femme n’est pas homophile pour un sou. Mais si l’accroche parait assez moderne dans son propos, en lisant mieux son discours, on voit une vison rétrograde de la relation entre hommes et femmes. C’est une position franchement assumée et qualifiée de traditionnelle. D’ailleurs la jeune femme se réclame également de la droite traditionnelle, comprendre la droite anti-républicaine, et même dans sa foi, la tradition est là.

Un discours très peu crédible

Pourtant, à écouter ces vidéos d’histoire, elles sont pétries d’erreurs, voire de distorsions, ce qui est une pratique que j’ai retrouvée dans d’autres discours d’extrême droite. La dernière en date (que j’ai vue, car elle date de 2017) ? Eh bien nous préparerions un système scolaire élitiste (le nôtre ne l’est-il pas déjà ?) pour les enfants d’immigrés alors que, dans le même temps, nos « bons petits européens » vont être « désinstruits » car les enseignants ne devront plus faire cours mais seulement des activités ! Et oui, c’en est fini de l’égalitarisme de l’école publique et ce, dès la rentrée 2018 !

Tremblez, braves gens, j’en frissonne d’effroi ! Ah non, pardon, c’est le radiateur qui ne chauffe pas assez ! Je le remonte un peu… v-o-i-l-à !

Bref ! à voir les contres-vérités sur l’histoire de France et surtout sur le régime de Vichy, je me dis – mais peut-être suis-je de mauvaise foi ? – que ce doit bien être le cas ailleurs dans son discours. Soit cela est dû à de mauvaises informations… comme, par exemple, prendre à la lettre Laval parle, les mémoires de Pierre Laval rédigées à une époque où son action politique des années 40 était plus que remise en question. Soit c’est délibérément voulu : j’ai, par exemple, du mal à croire que Raymond Aron ou Henri Amouroux aient écrit que le régime de Vichy sauva l’intégralité des juifs français des griffes de l’occupant nazi ; mais ça n’empêche pas notre jeune amie d’écrire et dire cette contre-vérité en citant ces deux historiens dans ses sources. À mes yeux, donc, son discours est totalement décrédibilisé car potentiellement grévé d’erreurs ou de contre-vérités.

Et pour vous prouver ma bonne foi, sachez que, dans une de ses dernières vidéos consacrée au délit d’outrage sexiste, elle finit par partir dans une diatribe qui rappellerait n’importe quel discours de tribun mais qui, surtout, pointe du doigt les migrants ! Ah, les migrants ! qu’ils ont bon dos ! et ils auraient presque remplacé le complot judéo-maçonnique ! Je me demande d’ailleurs moi-même pourquoi je ne les accuse pas plus souvent de mes malheurs. Voilà donc que ces êtres déracinés et incapables de s’adapter à nos mœurs seraient les responsables des crimes et délits sexuels/sexistes dont souffrent nos femmes. Donc le harcèlement sexuel du patron sur sa secrétaire, en fait c’est un migrant… Le « wesh ma soeur, t’é tro bone ! sa te diré un p’tit 5 à 7 avec moi et des pote, tranquille dens 1 cave ?« , c’est encore un migrant… Voilà, sachez-le, le Français est bon, le Français est courtois, le Français respecte toujours la femme. Et le migrant est le ver dans le fruit. Quel beau poncif de l’extrême droite, que le migrant responsable de tous nos maux, non ?

Un discours incompréhensible

Mais lorsque j’ai lu l’article de Rivarol, je n’avais pas eu accès à cela. Toutefois le texte est parlant. On y introduit, par exemple, le concept de virilité authentique, comme s’il y avait aussi une virilité mensongère ou artificielle… Mais qu’est-ce donc ? La virilité est cette qualité intrinsèque aux hommes : elle est leur essence mais c’est aussi le fait d’être un homme, et d’agir conformément à sa nature d’homme. Fichtre ! où est passé le terme authentique de la question ? Et c’est quoi se comporter conformément à ma nature d’homme sinon obéir à des codes parfois extérieurs ? D’autant que cette qualité, chacun la mettra ensuite en œuvre en fonction de ses dons, de son caractère, de ses aspirations. Donc il y a des façons d’être viril et non une, et donc la virilité authentique, c’est comme le dahu : ça n’existe pas.

Je pourrais aussi prendre la question sur la soumission dont doit faire preuve la femme face à l’homme : la réponse ne la définit pas et embraye sur la sainteté du mariage, que la suite de l’article rappellera. Car voilà sa marotte : l’union de l’homme et de la femme, parce que chacun permet à l’autre de s’exprimer au mieux de son potentiel. En réalité, on peut trouver une idée de cette soumission un peu plus haut :

Il est de notre devoir, en tant que femme, de dire aux hommes que nous les admirons et que nous les aimons parce qu’ils sont des hommes, en vertu de leurs qualités, de leur caractère, de leur essence.

Sinon, il est assez difficile de trouver des éléments définissant la relation homme-femme, à part une justification de cette soumission : la nature même de la femme fait qu’elle a besoin de se placer« sous » la protection, donc l’autorité, de l’homme ! Rien que ça. Donc la femme est un être faible et l’homme un être fort, qui doit la protéger. C’est beau ! c’est chevaleresque ! c’est… c’est… une idéalisation de l’amour courtois. Parce que oui, si la femme est inférieure à l’homme, alors l’homme peut disposer d’elle comme il veut et on sait que certains ne s’en prive(ro)nt pas. L’affaire Weinstein est là pour nous le rappeler.

Et si je reviens à cette vidéo sur le délit d’outrage sexiste, sachez que, certes, ce sont les migrants qui agressent nos femmes, horribles créatures qu’ils sont, mais dans le même temps, ces femmes qui portent des minis-shorts et des mini-jupes cherchent les ennuis ! Car les femmes ont un devoir de pudeur et parait-il que certaines montrent leurs parties génitales en public. Et mini-shorts et mini-jupes sont des tenues qui attisent [la] concupiscence des hommes. Et bien sûr, avec ce nouveau délit, on tape sur ces pauvres hommes qui ont été provoqués par des femmes sans pudeur, les horribles créatures, allant jusqu’à leur reprocher de ne pas être homosexuels (je n’invente rien) ! Mais, dans le même temps, agresser une femme ainsi vêtue, ce n’est pas bien… voilà, voilà, voilà… donc si je reprends, nos femmes chauffent les migrants qui les violent ; c’est de leur faute (aux femmes, pas aux migrants) mais en même temps, les migrants ont tort de réagir ainsi (en fait ils sont migrants donc, de base, ils ont déjà tort d’être là, alors un de plus ou un de moins…) ; mais plutôt que de taper sur les migrants, on punit les hommes blancs cis pour un regard, un mot et par là même séparer hommes et femmes et promouvoir l’homosexualité. Tout n’est pas dit dans le même ordre que la vidéo, mais ça me semble plus clair ainsi.

 

Remettre en cause le progrès

En fait, le leitmotiv de tout cela est une remise en cause des libertés individuelles acquises depuis la révolution française. Certes notre démocratie est critiquable, comme les libertés individuelles dont nous pensons jouir. Mais critiquer n’est pas nécessairement remettre en cause ou vouloir supprimer. Mlle Vota et les personnes pensant comme elle seraient-elles bien dans un monde où elles ne pourraient pas exprimer leur nostalgie d’un passé qu’elles idéalisent ? Pas sûr. Elles ne doivent pas oublier qu’elles profitent de tout ce qu’elles dénigrent, y compris l’amélioration de la condition de la femme. Mlle Vota a le droit de se soumettre à son mari (si elle en a un, mais cela ne nous regarde pas) si elle pense que c’est mieux ainsi. Les autres femmes ont le droit de choisir une façon différente de vivre leur couple, elles ont le droit d’avoir leur propre pudeur et porter les vêtements qu’elles souhaitent car la plupart des hommes savent se tenir et ce sont ceux qui ne font pas cet effort qui doivent se faire taper sur les doigts.

Bref,  ce discours masque donc un totalitarisme qui ne dit pas son nom, un totalitarisme qui se drape dans les beaux oripeaux d’un passé idéalisé afin de séduire les gogos paumés qui ne prennent pas le temps de vérifier cinq minutes ce qu’il y a dans la soupe qu’on leur sert avec un sourire carnassier faussement amical. Et malheureusement, ils sont un petit nombre à avoir remisé leur esprit critique au placard et en avoir oublié où ils avaient rangé la clé.

 

Une réflexion au sujet de « Horreurs et discrédit »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s