Virilité

Ma virilité, la jupe et la société

Nous sommes lundi 4 décembre. Grâce au site de l’association Hommes en Jupe, je découvre un pod cast de France Culture, consacré au mythe de la virilité.

Si je résume la pensée de la philosophe interrogée, la virilité c’est une construction des mâles humains dans laquelle, ils ont enfermé les individus de notre espèce. Cette conception a développé des attentes vis à vis de l’homme et d’autres de la femme. Les femmes ont réussi à briser une partie de ce carcan, mais pas les hommes. Et aujourd’hui, ce sont eux qui en souffrent le plus, malgré les inégalités persistantes envers les femmes.

La quête de la virilité

J’ai beau me penser progressiste sur ces questions et vouloir ardemment une parfaite égalité entre hommes et femmes, je  n’échappe pas au carcan. Je veux un corps musclé parce que c’est l’idéal de beauté que l’on m’a vendu. Je veux être fort comme un roc, brillant comme un miroir, infaillible comme les mathématiques parce que c’est le comportement que l’on attend de moi.

Et pourquoi ai-je choisi le kilt ? Parce que c’est un vêtement d’homme. Parce que je trouve que c’est un vêtement qui fait ressortir la masculinité, qui l’exacerbe même ! Je ne me sens pas à ma place dans une jupe du rayon femme. Mais est-ce que ça changera la perception que l’on a moi ? Est-ce que porter une jupe « masculine » me fait paraître plus homme ? Je pense que non. Pourquoi ? Parce les seules moqueries que j’ai eu à supporter ont été proférées alors que je portais le kilt, ce vêtement si viril à mes yeux ! Un homme en jupe, c’est un homme en jupe, donc en vêtement de femme. Celui qui voudra me rabaisser en dévalorisant mon caractère masculin ne s’arrêtera pas à la provenance de ce vêtement, pour lui je serais un homme se féminisant ; fermer le ban !

La relativité de la virilité

Dans notre société occidentale, parce que je porte la jupe, je peux être pris pour un homosexuel, un transsexuel, un travesti ou que sais-je encore ! je peux être dénigré, moqué, épié, photographié ou filmé plus ou moins, à mon insu, être perçu comme un phénomène de foire ! Pourvu qu’aucun cryptozoologue ne tente de me disséquer, qu’est-ce que cela peut me faire ? Dans la péninsule arabique, les hommes portent un vêtement s’apparentant à une robe, ça ne les empêche pourtant pas d’être virils au point d’en d’opprimer durement leurs femmes. Le vêtement ne fait la virilité !

Le port d’une tenue classée comme féminine n’a rien à voir avec le genre et cela n’adoucit pas le caractère, ne rend pas plus tolérant. Ce n’est pas le port du kilt ou de la jupe qui font que je participe aux tâches ménagères dans mon couple ou que je fasse la cuisine ; non, ce sont, dans le premier cas, du simple bon sens et, dans l’autre, une nécessité devenue un plaisir. Par ailleurs, j’ai des passions tout à fait classé comme masculines à côté ; par exemple l’aviation et la seconde guerre mondiale, qui me font évoluer dans un monde très masculin. Contrairement à ce qu’on a voulu imposer au Moyen-Âge, l’habit ne fait pas le moine… même laïc. C’est beaucoup plus compliqué que cela.

À la recherche de la masculinité :

Car nous cherchons à plaquer une vision manichéenne sur la complexité du monde : il y a le bien et le mal, le masculin et le féminin. C’est une vision réductrice  qui, finalement, ne décrit que des extrêmes. Les hommes doivent être comme ceci, avec tels caractères, et les femmes comme cela, avec tels autres caractères, opposés aux premiers. Mais quid des gens qui aiment cuisiner ? C’est considéré comme une activité de ménagère alors que les plus grands chefs sont en majorité des hommes plutôt virils ! Est-ce qu’il ne serait pas temps que notre société, qui se veut tolérante, ne le devienne pas réellement ? qu’elle accepte que l’idéal n’est qu’une asymptote que nul(le) n’atteindra jamais, qu’il y a autant de façon d’être un homme (ou une femme) qu’il n’y a d’individus se revendiquant de ce genre sur Terre ? que des comportements ou activités ne peuvent pas être exclusivement réservés à l’un ou l’autre genre ?

Est-ce qu’une femme est moins féminine en pantalon qu’en jupe ? Je pense que beaucoup répondront que non. Si on pose la même question en remplaçant le mot femme par le mot homme et féminine par masculin, étrangement, la réponse changera. Et je pense que cela fonctionne également si on remplace ces deux vêtements par des caractères opposés attribués à chacun des deux genres. Pourtant, je suis intimement convaincu, que si on ne change pas notre vision sociétale de l’homme, l’égalité hommes-femmes ne sera jamais qu’un idéal de plus.

Le jupe, instrument du changement ?

Porter la jupe au quotidien – pas nécessairement tous les jours mais le plus souvent possible – c’est monter une autre voie. Montrer qu’il est possible de rester homme malgré des apparences perçues comme plus féminines. Parce que notre société reste attachée à l’aspect extérieur, c’est une façon d’interpeller silencieusement le chaland. C’est aussi une façon de vivre sa masculinité autrement, d’aller chercher d’autres ressources en soi. Et si on parvient à se libérer sur cet aspect important dans notre société, pourquoi ne pas y arriver sur d’autres terrains ? C’est en tout cas à chaque homme qui ne se reconnaît pas dans ce modèle suranné de faire l’effort pour en sortir.

Mais imaginons que nous souhaitions rester dans ce modèle. Mon idéal vestimentaire est-il un problème ? Peut-être pas. Il faut aujourd’hui du courage et de l’audace pour effectuer ses premières sorties en jupe/kilt, deux qualités reconnues comme masculines ! Ces deux qualités ne doivent alors pas nécessairement s’exprimer au sein d’un microcosme où l’on est connu et reconnu, mais dans un environnement plus vaste, dans lequel on est parfois rien. En même temps que cela constitue une renaissance, c’est une remise en question de soi et une prise de risque. Assumer le port de la jupe, c’est se montrer viril.


La jupe ne sublime pas uniquement le corps masculin (en en montrant une partie), elle sublime l’homme dans son entièreté parce qu’elle lui permet de montrer des qualités qu’on attend de lui donc sa beauté tant extérieure qu’intérieure. Mais, en même temps qu’elle s’inscrit dans cet idéal de virilité que l’on nous impose, elle le combat en brisant un des tabous vestimentaires qui y sont attachés, en faisant de la jupe, non pas un vêtement affaiblissant, mais, au contraire, totalement valorisant pour l’homme. Comme chaque pas fait en dehors du cadre.

Mais ce carcan aujourd’hui décrié amène une autre interrogation : celui de la construction identitaire de l’homme et de la femme. Une fois le cadre rompu, quel sera le biais de cette construction ? A-t-on nécessairement besoin de plus d’éléments que nos simples différences physiologiques pour nous définir d’un genre ou de l’autre ?

Illustration d’entête grâce à SP-studio

 

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2 réflexions au sujet de « Virilité »

  1. Je porte moi aussi kilts et sarongs l’été à la plage (le short de bain, c’est juste pour le bain). J’ai eu parfois quelques remarques, plutôt rares, des rires idiots de collégiens (adolescence, age bête par excellence), mais rien ne m’empèchera de porter ce que j’aime. Suttout ici dans le midi, ou le pantalon devient une torture dès le début du mois de juin (35°c à midi).
    Je porte actuellement mon kilt tartan rouge avec des bottes de cavaliers, et des leggings de sport sous la jupe, je n’ai pas froid contrairement aux jeans qui sont des glaciaires l’hiver et des fours en été.
    Maintenant le pantalon reste Le symbole de la virilité en occident, et les idiots qui insultent les porteurs de kilts sont en général des emmerdeurs professionnels bêtes et méchants toujours en train de chercher un prétexte pour cracher leur venin. Un jour il y en aun qui est aller trop loin avec moi, en 2001 au bord de mer, me traitant de « pd » parce que je portais un grand paréo à franges, et a récolté une gifle à pleine volée. Je ne l’ai plus jamais revu!

    1. J’ai moi même été très étonné de voir que le jean était porté dans des pays tropicaux, alors que c’est étouffant ! À croire que les gens suivent une mode sans le moindre esprit critique…
      Par contre, si je comprends qu’on ne se laisse pas insulté, je ne pense pas que la violence physique soit la meilleure réponse.

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