Journée de la femme

La journée de la femme, quel intérêt ?

Une histoire sans fin ?

J’avais déjà évoqué l'(in)utilité de la journée de la femme dans certains esprits l’an dernier. Force est de constater que cette journée est revenue et que l’on reparle des mêmes sujets :

  • l’inégalité homme-femme au travail et dans la société ;
  • l’imparité en politique et dans les organes décisionnaires en général ;
  • les violences faites aux femmes.

Oui, les femmes en France ont un statut privilégié par rapport à celles d’autres pays ; mais ça ne veut pas dire qu’il faille s’arrêter en si bon chemin ! D’ailleurs ce qu’elles ont acquis peut très bien leur être retiré. On l’a vu récemment en Pologne, lorsque le gouvernement a voulu restreindre très drastiquement les conditions de l’IVG déjà très très très encadrée (en fait ça virait à la quasi-interdiction, assortie d’une criminalisation de l’acte) ou celles de l’accès à la pilule du lendemain, enfreignant au passage la réglementation européenne ! Sans aller chercher dans un petit pays du fin fond des pays de l’Est, nous avons en France la polémique sur le voile, un récent reportage de France 2 sur l’exclusion des femmes de cafés dans certains quartiers (oui, on aime stigmatiser, en France) ou encore le retour en force de certaines sensibilités conservatrices ; pour résumer les extrémismes religieux viennent remettre en question les droits des françaises et l’évolution de notre société vers une plus grande égalité entre les sexes.

Lutte des sexes

Restreigant l’écoute des grands médias, je n’ai pas eu encore accès aux lamentations maccho argant que oui, les femmes ont beaucoup de droits, que ça suffit bien comme ça et que pourquoi on ne parle que des violences qui leur sont faites et pas de celles qu’elles nous font subir ! C’est vrai qu’avec la parité, il y aura moins de place pour les hommes puisqu’on ne va pas nécessairement agrandir les institutions pour qu’elles accueillent plus de monde, ni en faire entrer plus (un siège pour deux à l’Assemblé Nationale ? vu le taux de remplissage à certaines séances, c’est peut-être jouable…). C’est vrai qu’il y a des hommes violentés par leur conjointe et que c’est sans doute plus difficile d’en parler puisque les valeurs sont alors inversées ; mais il faut comparer les pourcentages, étudier l’impact de la place de chacun dans la société… Il y aura toujours des conjoint(e)s violent(e)s, mais tant que les femmes seront plus victimes de ce phénomène, il sera logique d’en parler plus (mais ce n’est pas une raison pour passer le reste sous silence).

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Une vision du monde du travail assez égalitaire, même si la représentation de chacun reste très stéréotypée. Au moins y voit-on que les femmes y ont une vraie place ! (Freepik)

Il est aussi grand temps d’arrêter de penser le combat pour l’égalité homme-femme comme un combat des femmes opprimées contre les hommes oppresseurs ! Je ne dit pas que ces situations n’existent pas (une récente affaire à délier les langues sur le sexisme de nos élus), je dis juste que l’égalité homme-femme doit se construire par les femmes et par les hommes et consiste entre autres à :

  • Accepter qu’une femme puisse être aussi compétente qu’un homme pour diriger ;
  • Arrêter d’utiliser le corps de la femme comme appareil de séduction ou d’appel pour tout et n’importe quoi.

Lorsque je porte la jupe, je revendique une liberté vestimentaire que les hommes n’ont pas dans notre société, donc un droit nouveau pour nous. Mais je ne m’oppose pas aux femmes. Même si certaines peuvent être contre le port de la jupe par les hommes, elles pourront toujours porter ce vêtement si ça les chante et aimer un homme qui ne le porte pas. De même la parité n’empêchera pas des hommes d’être candidats, elle oblige juste à mettre plus en avant les femmes ; et il reste du chemin à parcourir, comme on a pu le voir aux dernières primaires de la Gauche et de la Droite. Évidemment, ces combats vont plus loin puisqu’ils sont également une lutte contre les stéréotypes féminins et masculins : la femme en jupe/l’homme en pantalon et la femme au foyer/l’homme au travail.

Lutte contre les stéréotypes

Et finalement, n’est-ce pas par là que nous devrions commencer ? Arrêter de présenter toutes les petites filles avec des cheveux longs et des jupes/robes, en train de jouer à la poupée ou à la dinette. Pourquoi un garçon n’aurait-il pas les cheveux longs et/ou une jupe ? Pourquoi ne jouerait-il pas à la poupée ou à la dinette ? La cuisine est traditionnellement réservée aux femmes, pourtant la plupart des grands chefs étoilés sont des hommes ! Surpenant, non ? Évidemment, les stéréotypes ne s’en vont pas comme cela et il faut légiférer pour créer une situation qui aidera à leur effacement : par exemple, introduire la parité dans les organes de décision, ou interdire la différenciation des pages des catalogues de jouet pour désigner de facto un public cible (même si certaines enseignes n’ont pas attendu, comme U)…

Il faut en effet que l’enfant puisse choisir le jouet en fonction de ces envies et non d’une orientation choisie par la société. Je n’ai jamais eu de Playmobil® de la collection Belle Époque (Spielwelt 1900, en VO) parce que ma mère m’avait dit que c’était pour les filles. Pourtant quand j’étais gamin j’aimais bien leurs tenues et, plus tard, j’ai trouvé que ça aurait été bien pour aller avec mes cow-boys. Mais qu’est-ce qui en faisait des jouets de fille ? La couleur rose de la boîte (les autres étaient bleues) et sans doute le côté plus citadins/bourgeoisie voire une plus grande représentation des femmes et de la famille !

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Du rose, une gouvernante qui s’occupe des enfants, c’est pas pour les bonhommes, ça ! (boble-playmobil-archive)

Pourtant, si on veut que les pères de familles s’occupent davantage de leurs enfants, ne doit-on pas laisser librement nos garçons jouer à la poupée, avec ou sans copine ? Et pourquoi serait-ce toujours le garçon qui vend et la fille qui achète (pourtant ça s’appelle jouer à la marchande !) ? Ne doit-on pas apprendre dès le plus jeune âge qu’il n’y a pas de jeu, qui ne sont que des répétitions des actes des adultes, dédiés aux garçons et d’autres au filles ? Si nos enfants sont habitués à ce qu’il n’y ait pas de différences de jeu entre eux, ils accepteront plus facilement qu’il n’y a pas de différence de tâche à l’âge adulte et que le sexe ne fait pas la (in)compétence. Mais pour cela, il faut également qu’ils voient cela dans le monde des adultes, d’où l’importance de légiférer dans ce sens. Mais je suis conviancu que, si nous voulons plus de (jeunes) femmes étudiantes en sciences « dures », il faut arrêter de réserver le « Petit chimiste » aux garçons (et le renommer « Petit(e) chimiste 😛 ), en plus de mettre en avant les figures féminines des sciences (il n’y a pas eu que Marie Curie).

Une journée inutile ?

La journée de la femme a au moins le mérite de permettre que l’on s’arrête pour parler de problèmes de notre société. Mais il ne faut pas oublier que l’égalité homme-femme reste un combat de tous les jours. Nous sommes certes différents, mais nous avons le droit aux mêmes aspirations, nous avons le droit de pouvoir choisir entre notre carrière professionnelle et notre vie personnelle/de famille, puisque les deux semblent incompatibles dans notre monde de fous furieux, et ce sans avoir à subir de regards ou commentaires réprobateurs. Mais il ne faut pas s’arrêter à ces discours qui, sinon, ne feront que sonner creux : il faut agir au quotidien, avec la portée que nous pouvons nous permettre, à notre niveau de citoyen(ne), de parents ou d’acteur/actrice de la vie publique.

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