cinéma et préjugés vestimentaires

Edit du 14 juin 2017 : Hormis l’image à la une, les illustrations de cet article ne sont pas ma propriété, cette dernière est indiquée en fin de légende ; en revanche, ces légendes et le reste du texte, sont de moi.

Le cinéma, cette vitrine de nos préjugés

Le cinéma et la publicité véhiculent une certaine image de la masculinité et de la féminité. Oh ! j’entends déjà fuser les épithètes : « Comment ?! Encore ! Mais il radotte le pauvre garçon ! » Sans doute. Mais le sentiment qui m’a envahi la semaine dernière méritait bien un petit article et l’épanchement de ma bile à propos du dernier film que j’ai vu au cinéma.

Comment tout est arrivé :

Bref, samedi après-midi, je suis allé au cinéma voir La la land, pour faire plaisir à ma copine – eh oui, l’homme en néo kilt est galant et serviable ! Je ne vais pas vous dire que j’ai passé la séance à souffrir en silence, au nom de la descence et de la retenue que doit afficher un gentleman (en kilt on est gentleman, pas gentilhomme 😉 ) en toute circonstance car ce serait mentir. Et, ça ferait trop cliché. Et puis, la musique était sympa… et la voisine de devant suffisamment dénuée de savoir-vivre pour que je jette toute l’opprobre sur sa propre personne.

Et là, c’est le drame :

Mais un moment quand même, je me suis rendu compte que je n’arrivais pas à m’identifier au personnage de Sebastien, malgré nos points communs, mais plus à celui de Mia, qui est souvent en jupe ou en robe ! Pourtant, ce n’est pas la première fois que je vais au cinéma en kilt, ni la première fois que j’y vois des hommes en pantalon et des femmes en jupe.

Mais voilà, Los Angeles, Californie, 30°C en hiver et la plupart des mecs sont en pantalons ! Même en dehors des heures de boulot ! Bon j’exagère :

  • Dans la scène d’ouverture, il y a un livreur, tout de rouge vêtu – sans doute le syndrome Ferrari – avec un bermuda de sport et de grandes chaussettes – sans doute pour aller jouer au soccer (sport de filles au EUA) juste après son service… ou alors c’est un hommage aux voitures de sport. Bref, c’est le seul homme de toute la scène en tenue courte, même si tous ces gens vont, apprend-on, au travail donc se doivent de porter un pantalon (pour les hommes).
  • Ensuite, dans la « soirée » où Mia et Sebastien commencent vraiment à flirter, il y a un scénariste en costume-bermuda rose pastel. Ah, le scénariste : tout un quatrain ! Déjà avec sa chemise brillante hair tie boutonnée jusqu’au col (non mais hair tie, quoi ? il y a des concours d’élégance, à celui qui aura la plus belle absence de cravate, aussi ?) , il a pas l’air bien finaud. Mais le bouquet, c’est Boucle d’Or et les trois ours. Non pas que je trouve ridicule l’idée de réécrire l’histoire du point de vue des ours, qui pourrait être en fait quatre – enfin si, ça l’est particulièrement ! – car c’est un filon que beaucoup utilisent (une critique dans ce film ? vraiment ?). Mais Boucle d’Or et les trois ours, c’est pas 50 shades of Grey non plus !  : ce mec n’est pas un homme : c’est un gamin ! Et c’est sans doute pour ça qu’il est le seul en costume bermuda et probablement le seul personnage masculin en bermuda qui ne soit pas un figurant !
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1963 ; les gamins portaient encore le short ! Nous aurons l’occasion de reparler du lien entre les années 60 et cette comédie musicale (little mercerie)

Un boulevard à clichés :

En revanche, les amants, des hommes donc, de Mia sont tous les deux en costume cravate, ou au moins en pantalon et chemise. Chacun ayant une bonne raison. Le premier parce que c’est un mec apparemment dans les affaires – enfin je suppose, je n’ai pas bien compris ce qu’il faisait ni comment il a pu s’enticher de Mia qui, à ce stade du film, est une comédienne ratée. Le second parce que ça pourrait correspondre à la mode de l’époque des musiciens qu’il admire, à une certaine idée du jazz, musique élitiste, même si ça ne semble pas être son point de vue.

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30°C, Madame s’adapte mais Monsieur reste imperturbable dans son pantalon en laine de Tergal !  pourquoi remonter ses manches quand on peut investir dans une chemisette (très à la mode dans les années 60) ? En tout cas, ça ne l’empêche pas d’être cool. (dailymail)

Bref, on a un bel exemple, avec cette comédie musicale, des clichés véhiculés : les femmes avec une liberté vestimentaire assez orientée sur les jupes et robes (très courtes pour pécho en soirées) et un uniforme, pantalon-chemise(-cravate), pour les hommes. Et moi, homme élégant mais jupé, je ne me suis pas du tout retrouvé dans ces personnages puisqu’en fait, malgré ma chemise et ma cravate, j’étais sapé comme une femme, d’après les canons de ce film ! Bon, ce ne sont sans doute pas les seuls que cette fiction véhicule, mais il faut croire que je deviens particulièrement sensible à celui-ci.

La jupe, légèreté et glamour incarnés

Mais allons plus loin. Quand Mia porte-t-elle des jupes ou des robes ? Durant ses périodes de loisir ! Et pas forcément lorsqu’elle traîne à la maison pour écrire sa pièce, où elle adopte le pijama-survet’ pas sexy à souhait mais très confortable. En revanche quand elle bosse dans son café ou qu’elle va passer un casting, la voilà vêtue d’un pantalon, assez moulant certes mais pantalon quand même. Il en est de même, lorsqu’elle rentre bouder chez Papa-Maman…

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Si tout ça ne déborde pas d’envie de séduire, je ne m’y connais pas ! Ok, j’ai pris la meilleure, pardon, je ne le referai plus. (cinebook.fr)

La jupe ou la robe sont donc réservées aux soirées et aux sorties en amoureux, de ce qu’on peut voir. Ce qui la relègue au rang de vêtement de séduction. Il est d’ailleurs intéressant de voir que seules les actrices portent la robe – moulante, ça va de soi – et qu’à chaque fois la caméra commence par filmer les jambes et les reins, avant de montrer la tête. Comme s’il fallait appuyer grossièrement ce message déjà bien peu subliminale ! Bref, la jupe est le vêtement porté dans les moments où l’on peut être légère ou séductrice alors, qu’au contraire, au boulot on portera le pantalon, parce qu’il faut être sérieuse et garder ses distance, nom d’une pipe (et puis, comme il n’y a que des femmes, qui irait-on séduire ?) !

Alors d’accord, les tenues et la musique font quelque peu anachroniques, mais il n’empêche que le film se passe à notre époque, celles des smartphones et non dans les années 60 comme j’ai pu le lire – d’ailleurs à cette époque, la jupe/robe est la norme pour les femmes au travail. Donc outre banaliser le cliché « hommes en pantalon – femme en jupe », cette comédie musicale enfonce le clou du cercueil de la jupe en la reléguant au rang de vêtement de frivolité. Belle image pour l’évolution de la société !

Avez-vous eu le même désagréable sentiment que moi ?
Pensez-vous que le cinéma peut influencer notre image du genre ?

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