Beauté coupable contre statut social

La beauté ou le statut social ?

Semaine de la mode oblige, nous parlerons encore chiffon. Un article, publié au milieu du mois dans l’édition numérique du Cahier des tendances de l’Obs, revient sur le dernier défilé  de la collection automne – hiver 2017 de Wales Bonner. Celui-ci a en effet présenté deux robes pour hommes.

Les objets du délit :

La première, blanche et longue en tissu semi-transparent, me fait beaucoup penser à une tunique de touareg à laquelle on aurait greffé un col de chemise, un peu comme les djellabas de certains princes saoudiens mais sans l’aspect « chemise » du haut. Elle reprend toutefois des codes plus féminins : en plus des volants, la bande de tissu nouée à la taille comme ceinture et les gants blancs, ainsi que le chèche enroulé autour du cou, comme un col cheminée : tout cela rappelle les élégantes du XIX° siècle (il ne manque que le chapeau et l’ombrelle), habillées de pied en cape pour ne pas bronzer (c’eut été ressembler à une travailleuse, donc une pauvresse, vous n’y pensez donc pas sérieusement, mon ami !).

La seconde ressemble beaucoup à une idée que j’ai eue mais que je n’ai pas encore posée sur le papier (mais je vois les choses plus courtes et moins unies). Je doute d’ailleurs qu’il s’agisse réellement d’une robe : on dirait plutôt un ensemble composé d’une jupe droite et d’une veste sans manches. Ce modèle me paraît plus féminin, surtout dans sa présentation : le mannequin a un visage ambigu et porte une sorte de chèche enturbanné autour de la tête, comme dans les années folles. Ce second modèle brouille donc davantage les pistes mais pourquoi ne pas le voir comme un modèle d’une gamme unisexe, pardon ungender intelligente.

Quand désaveux se fait contradiction :

Ce que souligne l’article, ce sont les réactions emportées et violentes de certains à la vue de ces deux habits. Des esprits que l’on sait pourtant éclairés et ouverts expriment tout d’un coup un rejet virulent à l’égard d’une ouverture, contredisant ainsi l’image positive que l’on avait d’eux. Selon l’auteure de l’article, la raison de ces épanchements de bile est avant tout d’ordre esthétique :

Je ne vois qu’une seule vraie raison à cette réticence : l’homme a peur d’être trop beau.

Je pense au contraire que le terme dévirilisation était l’interprétation correcte. Certes, dans les sociétés les plus machistes, les hommes portent encore la robe (la djellaba), mais il reste qu’avec ces robes, c’est l’image de l’homme que l’on touche. La jupe, donc la robe, dans notre société, est l’attribut de la féminité : il n’y a qu’à aller aux WC pour s’en convaincre, de regarder certains uniformes ou publicités. Pour beaucoup encore, un homme en jupe ou en robe est un homme qui se féminise, donc perd son caractère de mâle (comme s’il ne fallait que ça, c’est grave tout de même d’en arriver à une conviction aussi saugrenue !).

Trébuché de l’homme moderne…

Et tout cela est bien grave, eine wache Katastroph ! comme on dirait outre-Rhin. Car se féminiser c’est s’abaisser. Car quoiqu’on en pense la femme est encore (perçue comme) inférieure à l’homme. Dans les faits, ce sont les femmes qui travaillent le plus souvent à temps partiel, accèdent le moins facilement aux postes à responsabilités, doivent cumuler activité professionnelle et entretien du ménage ; leur corps est utilisé pour vendre des produits divers et variés, parfois bien étangers à cette débauche de nudité (quel rapport entre des lunettes et des jambes, mis à part qu’elles vivent toutes les deux en couple ?… à moins que ce ne soit la séduction) quand elles ne tiennent tout simplement le rôle de godiche-en-chef ou de faire-valoir… voire même de préservatrice de la lignée (une femme ne peut pas ne pas vouloir d’enfant, c’est bien connu !). En un mot comme en mille, l’image et la condition de la femme sont encore bien dépréciées de nos jours, même s’il y a eu des progrès.

Bref, porter la jupe ou la robe n’est pas vu par les hommes comme un embellissement qu’il faudrait refuser à tout prix (au nom ou en vertu de quoi ?), mais bien comme une perte de leur statut social de dominant. Pourtant si l’on veut une vraie égalité homme-femme, il va falloir que mes congénères récalcitrants acceptent que nous devons descendre quelques marches de notre piédestale pour aller à leur rencontre, pour mieux les remonter ensemble ensuite. Cela passe par des actes importants comme la prise en charge d’une partie des tâches ménagères et le partage des responsabilités au travail mais par d’autres, d’apparences plus futiles, comme le port de la jupe par les deux sexes.

… ou de la liberté ?

Car tant que chacun des deux sexes restera identifié par un vêtement, c’est-à-dire par un attribut artificiel, on ne pourra pas parler de réelle égalité entre homme et femme. Et pour ce faire, nous ne sommes pas obligés d’aller vers un abandon de la jupe, donc d’une liberté vestimentaire (voire tout court, selon certains). Non, nous pouvons aussi faire de la jupe un vêtement mixte, comme il l’a longtemps été chez nous, comme il l’est toujours ailleurs. Une idée que j’ai déjà développée dans un précédent article.

Même si je ne suis pas toujours d’accord avec ce qu’ils proposent, j’encourage les créateurs à continuer de créer des robes et des jupes pour hommes, même si ce sont parfois des trucs immettables (mais tant qu’ils font la même chose pour les robes des femmes, où est le mal ?), j’encourage les hommes à porter des jupes et des robes adaptées pour faire taire les intransigeants trop accrochés aux piliers d’une société archaïque et inégalitaire au possible. Noyons leurs erructations sous un florilège de jupons.

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