Maigreur, mon ennemi

La maigreur en (mauvais) exemple

Un exemple venu d’en haut :

Ce matin, j’entends à la radio que la semaine de la mode a débarqué à Paris ; jusque là rien d’anormal, c’est une manifestation cyclique. J’entends également que les mannequins sont toujours aussi (squelettiques) maigres ; jusque là rien d’an…. Non, attendez !

Car il y a une loi qui est passée ! Ça fait plus d’un an que la loi de Modernisation de notre système de santé a été adoptée. Les articles 19 et 20 de cette loi touchent directement le phénomène des mannequins-squelettes. Sauf que… les décrets d’application ne sont toujours pas parus ! Et là, on n’a plus vraiment envie de rire sauf pour s’éviter d’en pleurer.

Que disent ces articles ? Hé bien que les photos doivent porter la mention « photographie retouchée » si elles l’ont été dans le but d’affiner ou d’épaissir la silhouette du mannequin (article 19) et qu’un mannequin ne peut plus exercer sans un certificat médical qui prouve son bon état de santé, ce dernier étant évalué en partie avec l’IMC (article 20). Bref, deux articles qui sont censés protéger la santé des jeunes gens qui exerce le métier en évitant qu’une maigreur outrancière leur soit imposée.

Car être trop maigre, c’est mettre sa santé en danger. Et c’est ce qu’on demande à nos mannequins de faire. Et cela est vrai pour la haute-couture mais aussi dans le prêt-à-porter. Mais ces articles sont encore à l’étude par divers conseils…

Un vrai problème de société :

Le problème c’est que la maigreur est instillée partout. Mais qu’y a-t-il de beau dans un individu, homme ou femme, qui a l’aspect d’un assemblage de fils de fer ? Qui a les traits creusés comme s’il n’avait pas dormi depuis des lustres ? Qui donne l’impression que la moindre caresse va le faire s’écrouler comme un château de cartes ?

C’est pourtant le diktat imposé par la mode actuelle. Comment voulez-vous entrer dans les vêtements étriqués, qu’on nous impose actuellement, sans avoir un corps, au maximum, svelte et élégant ? Combien ai-je vu d’hommes qui donnaient l’impression que leur vêtements allaient se déchirer s’ils éternuaient, tant ils avaient l’air engoncés dedans ? Et des femmes boudinées dans leurs jeans ? Plus encore : je raconte dans un prochain article (qui devait paraître aujourd’hui) la déconvenue que j’eus à ne pas pouvoir entrer dans un jean slim de marque pourtant à ma taille, alors que je suis presque aussi épais qu’un carlet ! (ça doit être à cause du presque…)

jean
Je ne suis pas trop serré dans ce jean mais il me fait les jambes et les cuisses comme des bâtons d’allumettes !

Notre mode de vie, très sédentaire avec une alimentation trop riche, nous rend gras, à l’opposé de ces images imposées, exaltant la carence et les privations. Nous présenter des gens trop maigres, serait-ce une façon de nier cette réalité ? Une façon de nous contraindre ? En tout cas, ces vêtements trop serrés peuvent nous mettre en danger : une australienne a failli perdre ses jambes après avoir fait un déménagement en skinny (mais se servir de ses bras ne doit pas empêcher de réfléchir), même si le pire est cette recherche du volume minimal !

Un problème d’image ?

Lorsque l’on parle de ce problème, revient celui de l’image de la femme. Car il semble bien que les femmes soient plus touchées que les hommes. L’idéal masculin étant le muscle, il faut des gens sans gras, certes, mais musclés, donc qui se nourrissent un peu quand même. Mais pour la femme ? Longtemps, c’était les seins et les hanches, symboles de fécondité ; mais c’est comme si on voulait les faire disparaître, comme si on dédaignait à la femme tout rôle dans l’humanité. D’accord, la place des femmes dans notre société n’est pas uniquement orientée vers l’enfantement mais reste qu’un enfant se fait à deux et que, sans une mère pour le porter durant la gestation puis l’allaiter, l’enfant est bien embêté !

On peut voir également cela dans la mode unisexe ou ungender pour les adeptes du franglais (parce que ça fait in et hype, t’as vu, tu vois ?). Finalement, cette mode c’est quoi ? Principalement de faire porter aux femmes des fringues d’homme ! C’est-à-dire des vêtements qui ne soulignent pas ce qui fait la particularité de la femme par rapport à l’homme parce qu’ils sont « oversized« , c’est à dire trop larges et trop amples. Ils gomment donc les silhouettes et uniformisent notre aspect. Pour les gens corpulents, c’est sans doute mieux que le slim mais pour les autres, je ne suis pas sûr que ça valent mieux (c’est moins dangereux en tout cas).

Remarquez, que je n’ai pas vu l’aspect inverse, à savoir des vêtements de femme imposés aux hommes. Quoi ? Une robe ceintrée n’irait pas à un homme ? Ça ne mettrait pas son corps en valeur ? C’est sûr qu’il n’y pas les mêmes avantages à développer ! donc le thème unisexe en prend un coup… quoiqu’on puisse toujours proposer le même vêtement (même tissus, longueur, forme générale) en version homme et femme. On aurait sans doute une vraie gamme unisexe, qui respecte les genres en abolissant la frontière : robe pour madame, pantalon pour monsieur. Mais ça fait deux vêtements à produire au lieu d’un – ah ?! l’idée c’était donc de gagner plus de sous !

Finalement, où est la différence entre cette garde-robe et celle des intégristes qui veulent cacher leurs femmes ? Si les idéologies, qui sous-tendent ces démarches, diffèrent, le résultat et le but sont les mêmes : une négation de la femme, de son image, un effacement de son corps.

Le corps humain, ce grand perdant :

Que l’on soit homme ou femme, porter la jupe, le bermuda ou le short, c’est montrer une partie de son corps (les jambes, voire les cuisses). Il ne s’agit pas de s’exhiber ou d’appâter comme certain(e)s le pensent, mais il est évident que ce qui est découvert ne peut être caché en même temps. La société impose à l’homme élégant de ne point montrer son corps en public, d’où, dans une publicité pour une voiture, des hommes en jean et blouson de cuir alors que les femmes sont très légèrement vêtues… d’où le pantalon imposé au travail par tous les climats même lorsqu’aucune condition de sécurité ne justifie son port et la mise au placard de la chemisette.

On veut maintenant imposer ces même standards à la femme, soit par obscurantisme religieux, soit parce que c’est le progrès : la femme se rapproche de l’homme. Il n’y a guère que lorsque la femme doit séduire qu’elle doit se découvrir… alors que l’homme élégant, lui, se couvrira davantage : certes, le manuel, exemple même de la rusticité, montrera sans vergogne son torse sculpté mais, ça, c’est juste pour faire rêver ces dames, rien de sérieux et de concret dans tout ça, rassurez-vous ! Ah, ces pintades déplumées ! un rien les émoustilles !

Finalement, quel que soit le bout par lequel je prends le problème, la même conclusion s’impose. Maigreur effrénée, vêtement trop serrés, mode unisexe… c’est le corps que l’on veut étouffer, la pudeur poussée à un paroxysme devenue danger. Mais quelque part, le corps se venge.

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2 réflexions sur “Maigreur, mon ennemi

  1. D’accord, et on peut ajouter le sentiment de frustration (soit on mange, soit on est mince) et quand on est frustré et pas heureux, on consomme pour compenser… On fabrique des consommateurs jamais satisfaits…bref toujours les mêmes qui perdent et les mêmes qui gagnent

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    1. Ce n’est pas faux ce que tu écris, les aliments sucrés, notemment, apportent en effet un sentiment de mieux être (sensation de récompense) tout en étant addictifs (le sucre appelle le sucre).
      Il est pourtant possible d’être mince sans se priver, il faut, entre autre, bien choisir ses aliments. Mais c’est sûr que le matraquage publicitaire n’y aide absolument pas.
      Réussir à se détacher de ces chimères n’est pas évident, malgré le danger avéré qu’elles représentent pour notre santé.

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