Tout kilt dehors

Samedi, le temps était superbe et les températures clémentes. J’avais des courses à faire et je me suis (enfin) décidé à aller les faire en kilt avec un manteau plus court. Au départ, j’ai voulu lâchement prendre mon vélo, mais ce fieffé coquin était crevé – comme c’est étrange, dis-donc ! N’écoutant que mon courage, et balayant d’un revers de main ma timidité légendaire, je me suis donc résolu à y aller… à pied.

Ainsi donc, je me promène tout kilt dehors, flashes aux mollets. Je croise des automobilistes qui, bien sagement, regardent la route, des piétons qui m’ignorent aussi superbement que si je portais un pantalon. Il fait bon, je me sens bien, les glands de mon sporran battent la cadence, comme un tambour accompagnant la troupe. Everything’s fine ! Mais voilà, alors que je suis arrivé à la zone commerciale, je vois une automobile qui met son clignotant à droite pour s’arrêter à ma hauteur. Sapristi ! me voilà fait comme un rat, sans aucune possibilité de me dérober ! Une pluie de questions embarrassantes ne vas pas tarder à s’abattre sur moi, telle une nuée de criquets affamés dans un champ de millet. Et effectivement, on s’arrête pour me poser une question :

_ Excusez-moi Monsieur, vous savez où se trouve cette adresse (en me montrant un bout de papier) ? … C’est là où il y a les oculistes, ajoute-t-on, voyant ma perplexité.
_ I beg your pardon ? Vous me foutez la trouille de ma vie, juste pour savoir où sont de fichus oculistes ? Non mais ça va pas ?! – ouais, non ; en vrai, j’ai gentiment renseigné ces messieurs-dames, en bon gentleman que je suis.

J’ai donc continué ma route jusque chez le cordonnier pour acheter du cirage. Comme d’hab’ il ne se montre pas très aimable, mais je passe outre. Je lui demande donc ce que je souhaite, il m’invite à regarder son choix de cirage… et, alors que je suis devant le présentoir, je le voit baisser la tête. Bon, si ça se trouve il regardait mes pompes et à dû manquer de faire une crise d’apoplexie en voyant l’état du cuir, bien usé – en même temps des Cat à l’aspect neuf, moi je trouve que c’est suspect. Bref, après moult hésitations, je choisis une crème sans doute trop foncée je la paie et m’en vais.

Je vais ensuite au magasin d’alimentation. Comme on me regarde, je dis bonjour, parce que je suis poli et que, bon, tout le monde m’ayant vu, je ne peux décemment pas faire le furtif. Bref, je fais mes achats, passe en caisse, joli sourire de la caissière – comme d’hab’ – qui m’invite avec insistance à prendre une crêpe. Je repars donc avec ma crêpe, cap sur la boulangerie. Arrivé là-bas, c’est le drame : je n’ai pas retenu le numéro de mon compte client ! La sortie était un sans faute jusque là et il a fallut que je me plante comme un bleu sur ce détail ! Boi saaaaa !

Enfin, je vais chez le poissonnier. Toujours aussi peu de regards curieux, amusés, moqueurs, réprobateurs, toujours cette ignorance crasse. Mais heureusement, l’équipe de la poissonnerie va me remonter le moral, la poissonnière commençant en me disant qu’elle aime bien les hommes en kilt. J’ai ensuite le droit aux questions d’usages : qu’y a-t-il en dessous et suis-je écossais ? Ben non, j’ai un caleçon, comme tout le monde, et c’est un tartan breton. Puis sont venus des compliments comme, « ce n’est pas choquant » (deux poissonniers), « ça vous va bien » (la poissonnière), « vous êtes sexy » (devinez). Mais on s’est tout de même inquiété que je prenne froid ; je me suis dépêché de rassurer ces gens : la marche au Soleil, ça réchauffe. Après tant d’émotions fortes, et parce que le poisson qui sue ça sent pas bon, je suis rentré.

Le soir, je suis allé au cinéma. Étonnamment, il y avait du monde. Quoique, un samedi soir, un film avec Omar Sy… non ce n’est pas si surprenant. Je refais donc le poli en entrant et puis je commande une boisson chaude (parce qu’en promo : on ne se refait pas). Pas de chance, un margoulin a éteint la machine, il faut que j’attende que ça chauffe… et c’est long – comment ça, vous ne vous en doutiez pas ? Comme j’ai dit à la personne, qui semblait bien gênée pour moi, tant que le film n’est pas commencé, moi, ça ne me dérange pas d’attendre. Du coup, je pense que tout le monde a pu admirer mon kilt, d’autant que j’ai fait une séance de rattrapage pour les absents en cherchant une place dans la salle : aucun commentaire.

Conclusion : Oh yes I like kilt ! – désolé…

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